Les primo-arrivants ont portes ouvertes

Dès 2007, l’association Les Enfants de la Goutte d’Or (EGDO) est lauréate Île-de-France de l’appel à projet « Fais-Nous Rêver » de l’Agence pour l’éducation par le sport grâce à la création d’un trophée de taekwondo qui valorisait l’esprit collectif, le club, le fair play, en instaurant un système d’arbitrage tournant pour ses participants. Depuis, les liens se sont resserrés entre l’Agence et l’EGDO. En 2015, l’association intègre naturellement le programme « École Fais-nous rêver » qui contribue à renforcer les compétences des porteurs de projets d’associations primées par l’Agence bien que l’EGDO possède en son sein des encadrants parfaitement intégrés au quartier avec une longue expérience des difficultés sociales spécifiques à sa population.

La Goutte d’Or, dans le 18e arrondissement de Paris, a toujours été un quartier d’accueil pour des familles débarquant à Paris. Aux Bretons et aux Savoyards du XIXe siècle ont succédé des émigrés venus d’Europe puis d’Afrique et d’ailleurs. L’histoire du quartier est liée à cette capacité à absorber de nouvelles cultures créant une mixité originale mais qui n’est pas allée sans poser de problèmes de cohabitation. L’association les Enfants de la Goutte d’Or (EGDO) est née dans les années 1970 du désir des habitants de palier à l’absence d’espace de jeux pour les enfants souvent confinés dans des appartements trop petits. C’est après un drame, le meurtre d’un jeune, qu’il est apparu évident qu’il fallait prendre en charge la vie des enfants en dehors de l’école et du seul cercle familial, le sport, le football, a été un premier moyen qui a permis de diriger progressivement les enfants vers d’autres activités, notamment de soutien scolaire.

Encore aujourd’hui les Enfants de la Goutte d’Or accueille des primo-arrivants. Les contacts se nouent de diverses façons, soit par l’entremise des services sociaux, de l’école, des foyers, voire se présentent spontanément, aiguillé par une connaissance, un éducateur, pour savoir si l’association peut les intégrer à ses activités. « Comme les situations sont très différentes d’une personne à l’autre, nous faisons du cas par cas » explique Lydie Quentin, la directrice. Il s’agit d’abord de savoir ce qu’ils veulent faire chez nous, participer à des activités ou se proposer pour encadrer.

« Pour les enfants en classe élémentaire, c’est surtout les réunir avec d’autres du même âge pour se faire des amis, avoir des loisirs, pratiquer le français. » Concernant la langue, l’association évalue les besoins, peut orienter sur d’autres structures spécialisées. Pour ceux qui sont un peu plus grands, cela peut être de les diriger vers le service civique auprès de réfugiés par exemple. Mais aussi scolariser les enfants quand les parents vivent à l’hôtel. « Les gens ne disent pas toujours la vérité sur leur situation objective. Ils sont fatigués, inquiets, ne savent pas toujours à qui ils ont affaire, généralement, cela se passe mieux quand ils ont conseillés par un proche que par les services sociaux. On peut travailler en confiance. »

Au fil du temps, les rapports se nouent simplement. C’est expliquer par exemple qu’il n’y a pas à avoir honte de dire d’où l’on vient, de se raconter. « L’an dernier, dans un atelier, chacun a pu apprendre des mots quotidiens aux autres dans sa langue d’origine. Ce genre de choses ne se provoque pas, ça dépend du moment, du climat, et surtout d’un encadrement averti. » Sur la linguistique, l’association valorise la richesse des langues, des traditions, des cultures. « D’être bilingue, trilingue, ce doit être une richesse, pas un boulet. Il arrive que des parents pensent ne pas savoir s’exprimer en français, nous leur disons, quand c’est le cas qu’ils parlent bien mieux notre langue que nous la leur. »

L’association a aussi organisé des échanges avec une association allemande s’occupant de réfugiés de pays de l’Est.

Au-delà, le sport est l’élément intégrateur par excellence, un langage en soi. « C’est un trait d’union entre le pays d’origine et le pays d’accueil. Nasser, passé par notre club dès l’âge de 8-9 ans et qui est aujourd’hui encadrant dit avoir appris le français en jouant au football. » Ce n’est peut-être qu’un sentiment, mais le sport accélère le processus de socialisation. « Un jeune homme qui avait pratiqué le taekwondo en Afrique et qui vit en foyer, dans un situation très précaire, est devenu bénévole dans le club. » Le fait d’être licencié, de donner un coup de main, pèse dans la balance quand l’association entreprend des démarches pour obtenir des papiers. « C’est une belle personne, on l’a soutenu, il s’est marié, a eu un enfant… C’est clair, dans le club, il se passe beaucoup de choses. » Entre autre, sept jeunes sportifs sont en contrat d’apprentissage dans des agences LCL grâce à un partenariat signé en 2015 entre l’Agence pour l’éducation par le sport et la banque qui s’est engagée à former des candidats à l’emploi non diplômés sélectionnés par l’EGDO.

Propos recueillis par Olivier Villepreux

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