Reconfiguration d’une politique sportive vers le social à travers le programme des villes de l’Agence pour l’Éducation par le Sport

Ses dernières années, la ville de Calais a davantage concentré l’attention sur le blocage des migrants aux abords du port dans l’impossibilité de gagner le Royaume-Uni, que sur ses propres efforts en matière de politique sociale. Un triste point d’actualité qui a masqué un large programme d’éducation par le sport acté par la municipalité il y a cinq ans en direction de trois quartiers prioritaires. En effet, l’Agence pour l’éducation par le sport conseille la mairie dès 2010 vers une réorientation des missions des acteurs sportifs de la ville, notamment au service d’un rééquilibrage de ses zones d’actions identifiées et expertisées par l’Agence. Un investissement conséquent de la municipalité a suivi qui s’est porté sur une partie très fragile de sa jeunesse (filles et garçons de diverses origines de 12 à 25 ans) dans quartiers prioritaires à des fins d’inclusion sociale, de formation. Une politique qui a dynamité les façons de travailler du service des sports puisque huit salariés ont été recrutés spécialement à cet effet avec les compétences requises pour ce qui ressemble à une mission s’éloignant des enseignements d’EPS classiques, axés sur la seule acquisition de techniques menant uniquement à une bonne pratique sportive. Ainsi, des éducateurs, titulaires d’un diplôme bac + 3 ou bac + 4 en Staps* et détenteurs d’un brevet d’Etat, ont été recrutés en direction d’une jeunesse en proie au décrochage scolaire et pour favoriser l’insertion sociale et professionnelle. Ce travail utilise le sport en tant que vecteur d’éducation Les disciplines sportives en tant que telles ont moins d’importance que ce qu’elles produisent sur le plan comportemental : respect de la règle, des partenaires, de la tenue, du matériel, des règles élémentaires de politesse. La tâche la plus ardue, selon Christophe Protin, est d’avoir en face de soi des jeunes qui pour la plupart ont un niveau culturel très faible, se considèrent à la marge.  « Ils ne possèdent pas les codes de la vie en société, n’en ont même pas conscience parfois, mais ce sont des personnes qui mises en confiance peuvent aller très loin. »

Christophe Protin, coordinateur pour la ville de ce programme résume l’ambition : « 360 000 euros de budget qui, à terme doivent permettre à ces jeunes de pouvoir éviter plus tard l’assistanat social. » En d’autres termes, le financement de ce programme se justifie pour éviter aux futurs adultes d’avoir recours aux aides sociales. Une logique de vases communicants en matière de dépenses publiques qui impose des objectifs de résultats pour chacun, professeurs, élus et partenaires, institutionnels ou privés.

Les professeurs chargés d’encadrer les jeunes en dehors du rythme scolaire apprennent également beaucoup. Il faut intégrer un passif personnel, famille, culture, pour avancer… Un savoir capital vis-à-vis d’un employeur possible quand se présentera en fin de processus, un stage, un examen. « Le lien dans la vie de tous les jours est souvent perçu comme un nouveau repère, au delà des familles, du bas de l’immeuble, nous voulons instaurer une relation de confiance. Par ailleurs, nous ne sommes pas à l’école, les éducateurs sportifs sont disponibles mais ne sont pas des copains, et les jeunes doivent comprendre qu’ils doivent s’inscrire d’eux-mêmes dans une démarche qui les servira. » La valorisation de leur actes dans un cadre sportif vise à les rendre acteur de leur propre vie.

Le jeu sportif suscite ici la réflexion sur soi et sur l’entourage en se défaisant de réflexes faussement protecteurs. L’éducateur doit être en adaptation continue, cela va de demander individuellement à quelqu’un d’enlever sa casquette en lui expliquant pourquoi, jusqu’à construire grâce au sport des références, des habitudes communes sans pour autant donner de solutions toutes faites.

En 2015, l’Agence pour l’éducation par le sport a renouvelé son partenariat avec la ville, dans le cadre de son programme en deux ans pour les villes, insistant sur l’indispensable maillage à nouer avec les clubs de sports traditionnels mais aussi le tissu professionnel local. Une synergie qui donne des résultats déjà quantifiables. Ils sont désormais plus d’un millier de jeunes à s’être inscrits dans diverses activités. « Le sport apprend à aussi à savoir rester à sa place, assis sur une chaise, écouter, se concentrer. » Certains ont déjà passé des concours avec succès, renoué avec l’apprentissage, trouvé un travail, et reviennent nous voir. » Mais, pour Christophe Protin tout se joue vraiment dans la qualité des rapports noués avec les institutions (éducation nationale, foyers, mission locale de la PJJ*) et les partenaires pour offrir un débouché concret à de nouvelles aptitudes acquises grâce à une activité physique régulière, organisée et, éducative.

Propos recueillis par Olivier Villepreux

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* Sciences et techniques des activités physiques et sportives

** Protection judiciaire de la jeunesse