« Nous croyons aux nouveaux talents »

Interview de Martine Marot, chef de projet chez LCL sur les effets de la première promotion de 35 jeunes formés par la banque et issus d’associations d’insertion par le sport.

D’où est partie l’idée de « Point de rencontre», partenariat entre la banque LCL et l’Agence pour l’éducation par le sport qui vise à former des jeunes non-diplômés ?

Martine Marot : D’une rencontre entre deux hommes qui partageaient des vues communes ainsi que l’ambition d’œuvrer à l’insertion professionnelle des jeunes. Jean-Philippe Acensi réfléchissait sur la façon de rapprocher les actions qu’il soutenait dans l’insertion par le sport de l’entreprise. Renaud Chaumier, Directeur des Ressources Humaines de LCL, souhaitait diversifier les profils recrutés par la banque, ne pas être uniquement en recherche de candidats diplômés et se tourner aussi vers des jeunes peu ou pas qualifiés. Leur rencontre a eu lieu lors d’un Conseil d’administration de la fondation LCL. De là est née cette idée du partenariat qui est devenu « Point de rencontre ». Cela signifie que si nous croyons aux diplômes nous croyons aussi aux nouveaux talents. Cela correspond aussi à une volonté de faire évoluer le corps social de l’entreprise vers la réalité du monde actuel, à une volonté de s’enrichir, humainement. 

Pourquoi s’être tourné vers le sport plutôt qu’un autre secteur pour présélectionner les candidats à la formation ?

Martine Marot : Au-delà des volontés, en l’occurrence, c’est l’Agence pour l’éducation par le sport qui à travers son expérience, cses labels, a identifié les valeurs communes au sport et au monde de l’entreprise. La pratique sportive, sous plusieurs aspects constitue le fil rouge qui permet d’aller de l’environnement sportif vers le secteur bancaire. Les valeurs du sport aident à passer d’un monde à l’autre. Ce fil rouge a convaincu LCL. Nous savions que nous allions réussir tant les apprentissages sportifs dirigés vers le respect de soi, des autres, des règles, le goût de l’effort, peuvent nous servir. Ce que véhiculent les associations d’insertion par le sport correspond au savoir-être que nous recherchons lors des recrutements au-delà des compétences strictement techniques. Leur travail nous a aussi permis de bien voir comment construire un cursus qui intègre. Ensemble, nous avons construit un parcours qui s’appuie sur la pratique sportive et conduit progressivement à la pratique professionnelle.

Quel message véhicule ce partenariat ? Est-ce aussi s’adapter à une nouvelle clientèle ?

Martine Marot : Il y a forcément ce volet-là. Nos clients se retrouvent dans la diversité de nos conseillers. Mais le message est je pense avant tout celui d’ouverture d’une grande entreprise qui exprime son engagement sociétal en faveur de l’emploi des jeunes. L’exemple que peut donner une entreprise présente sur tout le territoire national devrait donner envie à d’autres structures de nous suivre et convaincre les décideurs de se lancer dans des projets similaires.

Nous sommes en train de valider cette expérience qui dit : « Nous ne sommes pas fermés à l’extérieur. » Et cela devrait donner une impulsion plus large. Cela fait partie du projet que d’essaimer. Nous démarrons d’ailleurs une période d’information à ce sujet vers d’autres structures.

Qu’attendez-vous en interne de l’intégration de ces jeunes non-diplômés ?

Martine Marot : Cette intégration a un impact tangible au sein des équipes qui accueillent les candidats en formation. Au quotidien, c’est un enrichissement tant dans ce qu’on appelle « la tenue de poste » que sur le plan personnel. Les managers mais aussi les parrains et marraines LCL qui se sont portés volontaires pour accompagner les jeunes collaborateurs dans leur intégration au monde de l’entreprise, se disent personnellement enrichis

Les managers apprennent à accompagner des collaborateurs très motivés et sans connaissances techniques.

Cela nous amène à aménager notre politique de formation, à écouter des besoins plus spécifiques et profiter de ce que possèdent déjà ces jeunes, et à nous adapter à des gens débordant de vie. Nos méthodes de formation et également de recrutement sont ainsi challengées. On aborde des sujets qui n’existent pas avec d’autres candidats diplômés, on utilise d’autres biais. Cela remet en cause nos façons de faire dans le recrutement et les équipes RH vont pouvoir s’inspirer du programme au bénéfice de tous par exemple lors d’entretiens avec des candidats plus « classiques ». On s’intéresse davantage à leur personnalité. Au-delà je pense que l’ensemble des collaborateurs de LCL sont intéressés, et se retrouvent dans les valeurs de « Point de rencontre ». Cela créé une dynamique. Cela signifie que l’entreprise tient sa place dans la société. Il y a une vraie fierté pour les collaborateurs de LCL à se dire que leur entreprise innove à travers un tel programme.

Propos recueillis par Olivier Villepreux