L’AS Lyon-Duchère joue en « une-deux » avec l’entreprise

Un club de football amateur dans un quartier difficile ne peut se contenter d’être qu’un club de sport. Dans le 9e arrondissement de Lyon, les entreprises sont invitées à participer à l’éducation des jeunes du quartier et à nouer des liens durables avec eux.

« Quand je suis arrivé en 2010 au club, j’entraînais des petits et je passais 90% du temps à bien faire comprendre dans quel cadre nous pouvions jouer au football. Aujourd’hui, c’est l’inverse, 90 % du temps nous le passons à jouer au football ». L’AS Lyon-Duchère, club amateur inscrit dans un quartier pauvre de Lyon a fait le pari de l’éducation dans le sport à la faveur d’un plan de rénovation urbaine. Le premier objectif selon Jonathan Lessig, n’était donc pas au départ de faire immédiatement de faire de l’insertion professionnelle mais d’y préparer ses licenciés sur le long termes en travaillant sur la construction des individus, en insistant sur des valeurs transférables, des comportements compatibles en société et, plus loin, en milieu professionnel. Depuis, les licenciés de l’AS Lyon-Duchère, qui évidemment ne deviendront pas tous des footballeurs professionnels, se familiarisent de façon extrasportive aux échanges avec l’extérieur, qu’il s’agisse de se choisir un parcours personnel en termes de formation, de recherche d’emploi.

Des stages, un accompagnement individuel, des rencontres avec le monde de l’entreprise et surtout un tournoi annuel agrémenté d’entretiens facilités avec des employeurs dans le cadre de la manifestation « Ton métier c’est ton but », primé et soutenu par l’Agence pour l’éducation par le sport, permettent dans la durée de lier durablement des entreprises au club de football en tant que lieu d’actions sociales réciproques. « L’objectif numéro 1 est de solliciter les entreprises locales pour qu’elles nous aident dans nos actions d’éducation. Cela peut-être financier, mais cela peut-être dans tel ou tel domaine un apport en compétence. Dans la construction de nos actions, par exemple, la société Bayer, nous aide à produire un livret éducatif sur la santé. Sur la citoyenneté, les transports en commun qui déploraient des incivilités dans le quartier, sont désormais partenaires du club. Des chauffeurs de bus ont une équipe qui vient jouer contre la nôtre ce qui permet de créer des relations apaisées. » Les actions auxquelles prennent part les entreprises sont très diverses. Une plateforme d’assurance (Opteven) a notamment organisé une visite de leurs bureaux, informé sur leur travail et cette année est venue présenté une voiture électrique, s’en servant pour parler de l’évolution du secteur de l’automobile, des enjeux économiques induits par la pollution, du prix de l’essence comparé à l’électricité. « Les entreprises viennent maintenant vers nous parce qu’elles veulent être actives. Ils s’en servent évidemment pour leur image mais aussi en, interne, les employés sont ravis de sortir de leur quotidien, de partager avec les jeunes, et de monter des projets différents de ce qu’ils font d’ordinaire. C’est une bouffée d’oxygène. »

Avec le temps, des fidélités se sont créées. Elles même peuvent être individuelles, hors du cadre de la société quand des employés se proposent eux-mêmes leur compétence au club. Outre cet aspect mécénat de compétence, l’AS Lyon-Duchère a aussi une politique d’insertion professionnelle. En réalité « un logique d’échange et de découverte des métiers qui ne débouche pas toujours sur un emploi mais qui peut aider nos licenciés, que nous détectons où qui le demandent, à trouver une formation spécifique, un parcours, pour parvenir à ce qu’ils veulent obtenir. » Le club offre un accompagnement personnel qui prépare à diverses démarches qu’elles soient administratives ou à apprendre à passer un entretien préalable. Actuellement, le projet « Je bâtis mon avenir » offre des informations sur les techniques dans le bâtiment, les formations, peuvent déboucher sur un entretien lors de « Ton métier c’est ton but », voire un stage d’été.

Une association de chefs d’entreprises est également invitée à venir disputer des matchs dans le but de dédramatiser le rapport à l’employeur. Le but est de faire comprendre qu’un diplôme n’est plus forcément synonyme d’emploi mais que la construction individuelle d’un individu, sa capacité d’adaptation, sa volonté peuvent être plus importante qu’une qualification. Les jeunes jouent avec ces chefs d’entreprise et à l’inverse se rendent compte qu’il y derrière la fonction des individus avec qui il est possible de nouer des relations profitables à conditions d’avoir intégré un certain nombre de comportements qui les rendent possible.

Propos recueillis par Olivier Villepreux

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