La découverte de soi

Nassim, 19 ans, a intégré le programme d’insertion professionnelle issu du partenariat entre l’Agence pour l’Éducation par le Sport et la banque LCL signé en 2015. Licencié au club de football des Enfants de la Goutte d’Or, il a accepté de raconter son histoire.

Après avoir accepté de s’occuper des plus jeunes au sein du club de football de la Goutte d’Or, Nassim est encore encouragé à aller plus loin par son entraîneur, Nasser. Après un stage d’arbitrage, Nassim décroche un premier diplôme à 18 ans. Lors de son premier match officiel, Bondy contre Espérance Paris 19, Nassim sent la tension. « C’était chaud. J’ai su gérer. À un moment donné un joueur m’a reproché d’avoir sifflé un hors-jeu. J’ai répondu que je ne faisais qu’appliquer la règle. Ça m’a permis de me faire respecter. »

Dans son quartier, Nassim estime que beaucoup de jeunes pensent qu’ils peuvent réussir seul et d’autres que ça passe par le collectif. Mais la volonté de réussir est primordiale pour tous. Pour expliquer ces deux tendances Nassim avance le fait que cela est souvent lié à une histoire familiale. « Ceux qui ont perdu leurs parents, qui n’ont pas eu la vie facile, pensent généralement qu’ils peuvent s’en sortir seuls. Ils ont besoin d’être sollicités pour intégrer une vie de groupe. Pour Nassim qui s’estime, lui, davantage timide qu’autre chose, l’expérience initié par LCL et l’Agence pour l’éducation par le sport lui a fait comprendre que les jeunes ont besoin d’être accompagnés, et que l’insertion par le sport n’est pas une vue de l’esprit. De son point de vue, si certains réussissent effectivement seuls, la plupart des jeunes du quartier ont pris conscience qu’il valait mieux mettre toutes les chances de son côté pour pouvoir faire un vrai choix. « Après ce qui est arrivé, les attentats, beaucoup de jeunes ont compris qu’ils ne pouvaient pas rester à ne rien faire. »

Nassim a joué le jeu proposé par l’association de la Goutte d’Or. Il devait passer son bac l’année où il lui a été proposé d’être formé dans le but d’intégrer LCL. Et il ne trouvait pas de stage en entreprise. Nasser lui a donc dit : « J’ai un truc pour toi. » Sans diplôme, Nassim avait le profil pour intégrer le programme de l’Agence pour l’éducation par le sport et la banque au service accueil clientèle. « J’ai réfléchi 15 jours. Ma mère a eu un peu peur, cela m’éloignait du lycée, il y avait un risque, mais j’ai accepté. Finalement elle aussi et, aujourd’hui, elle est fière.

Une fois la détection de Nasser terminée, il a motivé Nassim. « J’avais du mal à m’exprimer, on a avait des réunions, j’ai participé à des exercices de prise de parole, il fallait se préparer pendant un mois… » avant de prétendre intégrer une agence. Nous avons travaillé des gestes, le comportement général, corrigé des tics de langage. La première semaine, c’était dur, je ne parlais pas, on était filmés tous les jours. Nasser m’a dit que, finalement, je n’avais peut-être pas le profil. C’est sans doute ce qui m’a fait revenir plus déterminé que jamais. Il a fallu que je force ma timidité. » Nassim était aussi dérouté par la concrétisation rapide du stage de préparation que lui avait présenté Nasser. « J’étais d’abord surpris qu’une banque se soit intéressée à nous. Je n’y croyais pas. Puis c’est devenu une réalité. Et c’est ce qui m’a plu. Depuis, j’ai plutôt changé. J’ai vraiment senti une évolution. Il fallait se lâcher, pas complétement bien sûr, mais il fallait que je sois moi-même. Surtout l’expérience prouve qu’on n’a pas besoin d’être surdiplômé pour y arriver, simplement, il faut faire des efforts. » Et Nassim en a fait. « J’ai du faire plus d’efforts que les autres mais surtout cela m’a appris que quel que soit la valeur d’un diplôme, cela ne remplace pas la qualité des relations humaines. » Nassim n’était qu’au début d’une métamorphose qui l’amènera à obtenir son stage dans une agence.

Propos recueillis par Olivier Villepreux