Le programme Fais-nous rêver – Insertion Pro

Comment l’Agence pour l’éducation par le sport inspirée par l’expérience de l’association Emergence du Havre a inventé de nouveaux contrats sociaux entre différents acteurs du sport, de la formation, de l’entreprise, des médias et des institutions pour des jeunes sans emploi en grande difficulté sociale.

Allaoui Guenni dirige l’association Emergence au Havre, pionnière en matière d’insertion professionnelle dans un quartier du Havre. Sa carrière en boxe française, son expérience et ses compétences en matière de préformation à l’emploi par le sport en ont fait l’acteur clé du secteur. Rodé aux relations avec les entreprises et au contact avec la jeunesse il est devenu le responsable national de tous les programmes d’insertion professionnelle de l’Agence pour l’éducation par le sport, au sein de laquelle il se définit comme « un technico commercial du social ». Maillon indispensable du dispositif, il est la figure de proue de l’Agence dans ce qui est devenu l’un de ses axes d’action prioritaire. Repéré et suivi dans le temps par l’Agence pour l’éducation par le sport le modèle d’Emergence a a suggéré la question de sa reproduction dans d’autres quartier d’autres villes françaises ? Pouvait-elle être une initiative en soutien des dispositifs institutionnels déjà existants ? C’est maintenant devenu l’objectif concret du programme Fais-nous rêver – Insertion Pro lancé nationalement l’équipe de l’Agence, en 2015, qui vise à insérer les jeunes en quête d’un avenir stable en milieu professionnel. L’Agence réunit associations, clubs, de collectivités, entreprises, champions et médias, dans un véritable écosystème tenant compte des spécificités locales, en s’inspirant de la politique de proximité d’Emergence. Animés par l’Agence pour l’éducation par le sport, construits avec Allaoui Guenni, différents ateliers composant le programme Insertion pro en France se développent dans des quartiers où le chômage frappe le plus durement les jeunes.

Pourtant, la tâche est ardue pour faire naître ces réseaux collaboratifs. Petites et moyennes entreprises ne sont pas les plus faciles à convaincre quand il s’agit de présenter des candidats à l’emploi ayant un casier judiciaire ou n’ayant aucune formation. Aux réticences des entrepreneurs s’ajoute leur hésitation à embaucher quelqu’un dans la durée sans être absolument certain des compétences du nouveau salarié. De plus, compte tenu du contexte économique actuel, une petite entreprise « n’a pas ou peu de vision à long terme de son activité » estime Allaoui Guenni. Cette double barrière, mentale et objective, Emergence la combat en préparant sportivement et à l’emploi ses adhérents par une rigoureuse pratique d’accompagnement vers des formations professionnelles au sein même du club de sport. « Nous allons directement dans les entreprises pour expliquer qu’avec notre outil de détection nous amenons des candidats qui ne seront pas un poids mais un plus pour l’entreprise, professionnellement parlant. Nous garantissons à l’entrepreneur le suivi continu d’un coach sportif qui accompagnera le candidat, jouera un rôle de régulateur avec la hiérarchie.» Quand il prospecte, Alloui Guenni prend le temps d’expliquer que la démarche est moins « sociale » que « gagnant-gagnant » pour l’employeur et l’employé.

Pour rassurer, Emergence a institué une charte signée par toutes les parties prenantes. Les PME s’engagent à soutenir un fond de dotation qui permet de former les éducateurs de clubs lesquels ont de moins en moins d’aides de l’État, et elles obtiennent en échange une reconnaissance sociétale, puisque cet engagement dans l’insertion leur offre des avantages quand elles candidatent pour l’obtention du marchés publics.

La franchise est le maître mot de la réussite. « Nous fournissons des CV, sans rien cacher du passé du candidat. C’est un contrat moral. Si au bout d’un temps le contrat est rompu, quelle qu’en soit la raison, nous nous engageons à remplacer le salarié qui quitte l’entreprise. » Et ce dernier est repris en charge par Emergence pour être placé ailleurs.

Allaoui Guenni ne cache pas non plus que certains candidats à l’emploi peuvent effectivement être « rattrapés par leur passé ». Un bon élève peut céder à ses anciens démons et finir en prison. Même dans ce cas extrême, Emergence, met tout en œuvre pour obtenir en faisant valoir son cursus dans le club une libération conditionnelle. Plus simplement, des jeunes veulent démissionner parce que tout d’un coup, ils veulent faire autre chose. Dans ce cas : « On l’accompagne, on le remet dans une formation. Mais, c’est un nouveau contrat. Nous n’acceptons ce cas de figure que si le jeune a un projet autre, sérieux, auquel il devra se tenir après son départ. » Par ailleurs, Allaoui Guenni sait que certains secteurs, le BTP, le ferroviaire, les petites entreprises qui font de l’apprentissage sont demandeuses de profils comme ceux formés dans sa salle de sport. « Nous travaillons énormément sur la motivation, comme dans le sport, ces jeunes ne connaissent pas les manuels, il faut un autre langage. » Les méthodes de coaching actif ont fait d’Emergence elle-même une entreprise sociale innovante, qui grâce à l’Agence pour l’éducation par le sport peut profiter à d’autres associations de même type.

Propos recueillis par Olivier Villepreux

Télécharger le communiqué de presse