addap13, du pied de l’immeuble à l’emploi.

Depuis près de 30 ans, Salah Eddine Fatihi travaille pour Addap13. Cette association de prévention spécialisée a démarré ses actions au cœur des quartiers, dans la rue. « La démarche est héritée des prêtres ouvriers, nous allions et nous continuons d’aller là où les jeunes se trouvent, au bas des immeubles. » Aujourd’hui, l’association partie intégrante de l’aide sociale au sein du département compte 360 salariés, éducateurs spécialisés, médiateurs, sportifs. Dans les Bouches-du-Rhône elle touche 30 communes couvertes par 180 éducateurs. Addap13 dispose également d’un service de nuit et d’un autre pour les mineurs isolés dans son volet de lutte contre l’exclusion sociale. Elle mène aussi des actions contre la radicalisation religieuse.

Addap13 propose aussi de l’insertion par le logement, elle met à l’abri des mineurs le temps de monter des dossiers administratifs afin de les placer dans des centres adaptés. Il y a une quinzaine d’année l’association a été primée dans le cadre de l’appel à projet « Fais-Nous Rêver » de l’Agence pour l’éducation par le sport. Lauréat régional, elle est récompensée pour son travail d’intégration sociale pour avoir su capter des centaines de jeunes par des activités sportives au centre de leur quartier, s’alliant à des clubs sportifs. Un deuxième prix suivra pour avoir su à travers ses animations, former des jeunes pour qu’ils prennent la relève des éducateurs en place. En leur faisant passer des « petits » diplômes, comme le BAFA. Enfin, Salah Eddine Fatihi a intégré le jury de « Fais-nous rêver » national de l’Agence Pour l’Education par le Sport (APELS) et fait maintenant partie intégrante du réseau actif de la même agence.

Une des particularités de l’association a été d’innover en créant son dispositif « Prévention sport collège ». « C’est parti du constat de deux éducateurs dans un quartier proche de La Joliette, dans le centre de Marseille, où les jeunes avaient l’habitude de jouer. À la place du terrain où ils se retrouvaient a été construit un collège flambant neuf et les jeunes n’ont plus eu la possibilité d’accéder à leur espace de jeu. Les jeunes ont donc commencé par escalader le mur à la fin des journées scolaires et de jouer de façon sauvage. Puis ils se sont mis à casser les équipements. Les éducateurs présents ont donc décidé d’aller rencontrer le proviseur et d’alerter le Conseil général pour trouver le moyen d’ouvrir les installations sportives du collège en dehors des rythmes scolaires. Les activités seraient très officiellement encadrées par nos éducateurs et ouvertes aux parents. Depuis, il n’y a plus eu de vandalisme et la formule a été répliquée dans six autres établissements. Cela a créé des liens sociaux forts, intergénérationnels, dans les quartiers. L’expérience a même été étendue aux trains régionaux dans lesquels des médiateurs ont pu agir auprès des jeunes pour juguler les dégradations de matériel. Cet accord a donné lieu à des accords triennaux avec la SNCF. »

Addap13 voulait également agir dans l’insertion professionnelle via ses chantiers d’insertion. Adaptés aux jeunes adultes de 18 à 26 ans. « C’est un travail de remobilisation. Mandatée par la Région PACA, l’association implique les jeunes dans divers travaux dans lesquels, il s’agit d’inculquer le respect des horaires, des tâches. L’idée est de préparer au rythme de travail quotidien indispensable en entreprise. Quand il y a des retards, des absences, on leur fiche un coup de pied au fesses en leur disant que s’ils trouvaient un travail un jour, ils seraient virés, tandis que nous, nous les rappelons pour les préserver du sentiment d’échec. » Mais jusqu’ici cette mise en condition ne débouchait pas sur des propositions d’emploi. Les gens devaient chercher eux-mêmes du travail dès qu’ils se sentaient prêts. Aujourd’hui, grâce à l’Agence pour l’éducation par le sport, Salah Eddine Fatihi affirme que le « process » a été révolutionné grâce à sa politique de synergie. L’APELS a su mobiliser des entreprises pour qu’elles ouvrent leurs portes à des formations débouchant concrètement sur un emploi. On parle aujourd’hui de l’expérience avec la banque LCL, mais d’autres projets doivent voir le jour. « Maintenant, les jeunes savent que s’ils font l’effort, le poisson est déjà dehors, il suffit de leur apprendre à le faire cuire. Autrement dit, il y a un objectif tangible : intégrer une société. Psychologiquement, ça change tout. On peut leur dire que ça ne dépend plus que d’eux. » Pour ses candidats, addap13 a choisi des parcours sportifs qui réclament de travailler en équipe, de la rigueur morale et intellectuelle. « La première promotion marseillaise pour LCL débutera sa formation en septembre avec les experts délégués de l’APELS. Rendez-vous compte, en 20-30 ans d’existence, nous n’avions jamais inversé le processus. Aujourd’hui, quand le directeur de LCL Méditerranée rencontre les jeunes il se propose lui-même d’assurer le tutorat pour l’un d’entre eux ! Pour des gens aussi éloignés des réalités de la banque, qui n’y allaient qu’avec la crainte de se faire engueuler, passer backstage est une chance. Ils le savent. » 8 filles et 7 garçons ont été présélectionnés et Salah Eddine Fatihi a été retenu par l’Agence pour l’éducation par le sport comme coordinateur local du projet.

Propos recueillis par Olivier Villepreux

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