Le bénévolat comme ressource première

Professeur d’EPS au Collège Paul Verlaine de Lille, Magali Venet exprime la nécessité en même temps que le manque de reconnaissance des professeurs bénévoles qui orientent les jeunes de l’établissement vers des structures sportives extérieures.

Etablissement classé en REP +, le collège Paul Verlaine accueille des enfants qui n’ont pas forcément la culture de l’association, encore moins du club. Pour Magali Venet, organiser une entente avec des associations sportives, les centres sociaux, était nécessaire pour sensibiliser les jeunes à la possibilité d’intégrer une structure pour les amener à s’engager. Cette approche locale a été dictée par la situation réelle des enfants et le goût de l’enseignante à « aider les autres ». La finalité avouée étant de favoriser l’implication des jeunes dans le fonctionnement associatif même. Une initiative primée par « Fais-nous rêver », appel à projet de l’Agence pour l’éducation par le sport, en 2012.

« L’idée était d’avoir une réflexion commune sur ce que peut amener une structure organisée. Plus les enfants s’intègrent par une activité dans une association plus il y aura un cadre ce qui permet d’acquérir de nouveaux comportements au sein de l’établissement. » Cette réflexion a été engagée et fondée concomitamment à la réforme du temps scolaire puisque, passé à 26 heures, le temps scolaire obligatoire libérait des heures libres pour les enfants « qu’ils n’auraient pas forcément optimisés d’eux-mêmes. »

Magali et des collègues ont donc entamé au sein du collège une promotion des activités sportives avec des associations sportives partenaires. Les informations se font soit au travers d’initiations dans l’enceinte de l’établissement durant les récréations, mais aussi en début d’année par un test de forme (Diagnoforme) qui permet une première réunion professeurs-parents où les informations sont données pour diriger les enfants vers des clubs à l’extérieur du collège, en fonction des envies et des besoins. « Si un élève manque de souplesse ou d’endurance, on l’incitera de manière douce à aller vers l’athlétisme. » Avec la création d’un Conseil local sport et culture, un collectif qui réunit régulièrement tous les intervenants au sein et en dehors du collège. Ce conseil organise un forum annuel d’information qui invite plus qu’il oblige les familles à orienter les enfants vers des activités, aide les familles à faire les démarches d’inscription. Dans ce contexte il bénéficie d’un volontaire en service civique de l’Agence pour l’éducation par le sport mais aussi dispose d’un permanent détaché par une association, le Lille Olympique Lille-sud, qui s’occupe au plus près de l’élève de ses premiers pas dans une association sportive, soit un nouveau monde pour lui.

Autre stratégie, intégrer un club à l’intérieur de l’établissement. C’est le cas pour une association de hip-hop qui fait partie du collectif et qui utilise le gymnase gratuitement grâce à une convention. Ces dispositifs connaissent pourtant une limite qui ne tient pas aux personnes qui l’animent. « Sans un engagement bénévole de ma part, dit Magali Venet, et l’intérêt qu’y portent mes collègues, le temps que l’on y passe au-delà de nos heures de travail, cela ne se ferait pas mais c’est indispensable. En tant qu’enseignants ne peut pas toujours être dirigés. Cet engagement c’est aussi notre marge de manœuvre, de liberté à agir. » Est-ce que l’Education nationale pourrait encourager davantage cette initiative qui répond à un déficit social et culturel des populations ? « L’Education nationale, je vais être claire, ça ne les intéresse pas. J’essaie de mettre en place une formation interprofessionnelle pour aller dans notre sens, et c’est un véritable parcours du combattant. Dès que l’on sort du cadre de la mission, ça n’intéresse pas, sauf si le projet correspond à une priorité fixée par le ministère. » Mais localement, il y aura toujours besoin de bénévoles liant la vie scolaire au quartier où elle se trouve pour ajuster au mieux les offres d’encadrement à des jeunes peu ou pas informés sur l’accès aux activités sportives et culturelles existantes.

Propos recueillis par Olivier Villepreux

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